Didier Sailly de Pouzy-Mésangy (03) a ouvert le bal des constatations dans la partie « Est » du contingent des pigeons rapatriés et lâchés sur Amsterdam ce 3 juillet 2015 par l'UCML.

Didier et sa 406532/11
Sa femelle 406532/11, contre le vent et la masse, s'est fait officialisée à 7h12'06 '', bonne pour une 77ème place au semi-national, de ce concours initialement prévu sur Osnabrück. Il est vrai que, comme pour nous tous, la distance est nettement moins palpitante pour l'ami Didier (648km). Certes nous n'avons pas vibré sur ces distances comme nous aurions pu le faire sur la désormais classique d'Osnabrück, mais on peut tout de même être satisfait car la décision des dirigeants de l'UCML a permis un déroulement salvateur pour nos oiseaux malgré les conditions météorologiques présentes ce jour. Nous n'avons pas trop vibré, mais nous n'avons pas à pleurer nos pigeons ; la critique est facile, l'art est difficile...
Didier Sailly, un Ch'ti, un vrai
Notre ami est en effet un pur produit du Nord Pas de Calais : le pedigree, l'expression, l'accent, la gentillesse, et le pigeon chevillé au corps, tout y est, bon sang ne saurait mentir... Issu de lignée colombophile, notamment d'un père dit « P'tit Co » et d'un grand-père dit « Le coq », tous deux colombophiles, ce n'est que tardivement que Didier gagnera nos rangs. Son enfance n'a en effet pas été bercée par les roucoulements, son père ayant dû mettre en veilleuse sa passion. C'est comme souvent raconté, par l'entremise d'un pigeon blessé que le jeune Didier va amener son père à ressortir de son atelier des diplômes et de vielles bagues, souvenirs d'un bonheur passé. En digne héritier de cette passion familiale, Didier se fait alors le serment d'un jour prochain reprendre le flambeau et d'avoir lui aussi des pigeons de course. Il aura fallu attendre 1983 pour que ceci puisse être possible.
Le grand fond, machine à rêve
A l'époque, le long de la mer, dans le Nord Pas de Calais, le local faisait rêver, il se souvient d'une ambiance dont il est encore nostalgique. On y croisait de grands champions, capables de briller dans les Internationaux. En voyant leurs paniers remplis de nombreux pigeons, le jeune Didier se disait que lui aussi un jour pourrait peut-être être comme eux. Déjà à l'époque le grand fond était sa source de passion, sa machine à rêve.
Les aléas de la vie ont pourtant fait qu'il a fallu quitter ce Nord béni et, suite à une halte parisienne, poser les valises en Auvergne. Double désillusion, tant par l'ambiance retrouvée que par les programmes proposés pour cet amoureux des longues distances. Heureusement, internet lui permit de prendre connaissance de l'existence du MCGC, les obstacles ne l'arrêteront pas : les longs cours, c'est son dada...
Pour info, ce n'est pas moins de 1h30 de route que notre ami doit parcourir pour venir enloger ses pigeons. Le feriez-vous ? Lui, il s'y tient.
Un brave type, un vrai
Son plaisir n'est pas d'écraser la concurrence, lui, c'est de voir rentrer son pigeon qui le fascine toujours. Comment un si petit oiseau, avec sa petite tête, sans avoir vu la route sait rentrer aussi bien chez lui ? Ceci nous amène à une justesse de ce que doit être notre passion : le respect de la performance de nos oiseaux, de l'exploit qu'ils réalisent, pour notre plaisir, chaque épreuve de grand fond à laquelle nous les confrontons.
Brave pour ses oiseaux, il l'est aussi avec les gens. Ceci s'entend à la voix, une vraie gentillesse émerge de ce bonhomme. Gentillesse qui se traduit aussi par des actes, d'aide envers ses collègues colombophiles. Ce qu'il recherche, c'est des copains, et vivre sa passion des longs cours en toute amitié. Pas facile parfois, il n'est pas toujours aisé pour certains de ne pas juger péjorativement les aspirations différentes des copains colombophiles. C'est pourtant là le pire poison de notre passion, poison d'intolérance qui fait fondre nos rangs année après année. Le vitessier est en droit de se faire plaisir, de même que l'amateur de demi-fond, de même que celui de grand-fond ! Il n'y a pas de sous catégories, de plaisir plus légitime qu'un autre, chacun a sa place. Las des critiques gratuites et faciles il n'en est pas pour autant aigri ou médisant ; les querelles, ce n'est pas pour lui, un vrai gentil.

La colombophilie, c'est aussi une histoire de famille...
La colonie, la méthode
En pleine saison, elle est composée d'une centaine de têtes, dont 9 couples de reproducteurs. Entre 50 et 60 jeunes sont bagués chaque année. 12 couples de voyageurs sont alignés pour les longues distances dorénavant.
Les pigeons sont tous accouplés en mars pour avoir des jeunes en même temps. Les voyageurs élèvent une paire de jeunes puis, sont découplés et tenus au veuvage en début de saison. Ils seront accouplés pour avoir un jeune de 5-6 jours pour l'enlogement d'une belle épreuve (Osnabrück cette année). Les jours suivant le retour, le mâle va finir d'élever le jeune, la femelle va se reposer. Le couple sera reformé juste avant l'enlogement pour l'épreuve suivante (Assen).
Les jeunes seront dorénavant juste entrainés par ses soins, pour constituer des équipes de fonciers. Didier veille aussi à leur apprendre à boire dans les paniers et ce dès le plus jeune âge.
Niveau alimentation, Didier ne cherche pas la complication, les pigeons sont nourris avec un mélange moitié sport, moitié Gerry Plus (VLA), additionné d'un peu d'orge qui sert à évaluer l'appétit des oiseaux. En fin de préparation, c'est 100 % sport pour emmagasiner des forces pour le retour.
Côté suivi sanitaire, mis à part le vaccin obligatoire (PMV), les traitements préventifs ne sont pas utilisés, mais si besoin, il n'y a pas d'hésitation ; équipé d'un microscope, notre Ch'ti veille au grain, et en cas de suspicion, le vétérinaire est consulté. Ainsi, tricho, coccidiose, vers et problèmes de tête sont sous surveillance.
Origines
Nous l'avons vu, notre ami est de souche nordique, lignée coulon. Côté colonie, c'est un peu pareil, il est resté fidèle à son Nord natal, aux pigeons notamment de son père, gardés ensuite par son oncle ayant pour base un ami : Mr Robert Pernel, bien connu des amoureux de grand fond du Nord Pas de Calais. A cette souche, qu'il affectionne particulièrement, sont venus se greffer plusieurs oiseaux :
- Un pigeon reçu de l'ami Alain Hallard (Olivet-45), vainqueur du « Assen fond » 2014. Ce pigeon d'Alain donne de bons produits chez Didier.
- 2 pigeons, un Hollandais et un Belge, trouvés et signalés : ils ont préféré rester.
- Plusieurs pigeons du champion Germain Imbrecht, via l'entremise du copain Mr Pasquier

... passion que Didier partage avec ses filles.
406532 de 2011
C'est une femelle écaillée bleu qui nous vaut cette visite chez Didier Sailly. Elle est, comme la majorité de la colonie, d'origine Pernel à 100 %. Déjà en 2013, à 1 an, elle avait fait la tête au local sur Bruxelles.
Sur ce Amsterdam UCML 2015, elle n'a pas forcément crevé l'écran me direz-vous (77/541), et pourtant je trouve que cet article est bien mérité. Tout d'abord parce que ce fut elle, le premier pigeon a être officialisé dans le secteur plus à l'Est du contingent, secteur qui n'avait rien pour lui : pas la masse, car une petite trentaine de pigeons seulement était partie de ce secteur de jeu ; pas la météo, car non seulement le vent était d'Est-Nord Est, avec qui plus est, un lieu de lâcher un peu plus à l'Ouest ; et enfin, pas de groupe de pigeons de tête, capable de tirer un peu : nos colonies de l'Est du rayon, n'ont pas sélectionné ces dernières années sur des concours longues distances dignes de ce nom, aussi, il faut repartir de bien bas, pour rattraper le retard actuel ; c'est ce qui rend le challenge plus palpitant.
Dernier élément, et non des moindres, notre club est ici pour que nous nous fassions plaisir, tous ensembles. Ceci passe par la célébration et le partage du plaisir de l'un des nôtres lors d'un de nos rassemblements et lui offrir notre reconnaissance, et cela l'ami Didier l'a bien mérité.
Après quelques années de disette longues distances, notre ami a pu tester à nouveau la capacité de ses voiliers à faire des épreuves plus en adéquation avec sa passion. L'avenir est maintenant ouvert pour sa colonie vers ces épreuves, grâce à l'action conjuguée de l'UCML et du MCGC.
Un grand bravo encore à Didier Sailly, merci pour le moment partagé, et à très bientôt sur Assen MCGC, avec tout le succès que l'on peut souhaiter.
Bon vent,
David Chassagne Juillet 2015