C’est le 204082/2014 de Joël Choteau qui rafle cette année le titre d’As pigeon ‘Assen-Osnabrück’.
A nouveau, ce spécialiste de ‘la distance’ est retrouvé en tête d’un classement d’As pigeon. Un proverbe dit que le fruit tombe rarement loin de l’arbre, mais on peut finalement penser également que le bon pigeon s’éloigne rarement du bon colombier et du bon colombophile…
As pigeon ‘Assen-Osnabrück’
Ce titre a été instauré par le MCGC dès la première année d’existence du club. Il symbolise la logique de la nécessaire présence d’un programme cohérent d’au moins deux courses marathons chaque saison pour pouvoir valider le maintien d’équipes de voiliers de grand fond au sein des colonies. Pour se faire, Assen, qui a vu sa naissance suivre la renaissance de Osnabrück par le groupement du Maine et Loire (UCML) a été installé en fin de saison, 3 semaines après Osnabrück.
Ce sont des courses difficiles et très sélectives ; briller ici n’est pas donné au premier venu, et faire ‘As pigeon’ sur le cumul annuel de ces deux courses est un gage de qualité indéniable. Il faut en avoir sous le coffre pour tenir le choc.

204082/2014
Le 082 est un pigeon très calme, pas penché au conflit avec ses congénères ; il occupe une case du bas, en milieu de compartiment. Il s’acclimate bien aux changements de compartiments, qui, chez Joël, accompagne le passage en ‘années supérieures’. De même, un changement de compagne cette année s’est fait sans problème. Sur le plan physique, il est d’un gabarit moyen. Pigeon musculeux, il donne une impression de solidité. Il a tout ce qu’on pourrait attendre sur le plan physique d’un vrai bon pigeon. Joël disait d’ailleurs encore l’an passé à l’amateur qui le lui a donné qu’il pouvait faire mieux que ce qu’il avait montré jusque-là vu la beauté de son physique. Amateur d’expérience, notre ami avait vu juste :
Ce mâle de 4 ans a bien failli emporter Osnabrück 2018 : arrivé à 7h13 le lendemain matin pour 978 km, il empoche la seconde place, à seulement 8 mètres par minutes du rouge de Gérard Humbert (lui aussi une figure de nos courses marathon car il signe ici sa seconde victoire sur Osnabrück). La victoire lui échappe d’un gros cheveu, pour une magnifique prestation car la vitesse moyenne qu’il réalise sur ces 978 kilomètres sera de 905 mpm. Il fallait donc s’accrocher pour venir de bonne heure.
Sur Assen, parti comme deuxième inscrit, il arrive premier au colombier, histoire de rappeler à son patron qu’il avait quand même été très près de rafler la victoire 3 semaines avant. Là aussi il a fallu supporter les fourbures musculaires et serrer fort le bec pour ne pas lâcher : il est officialisé à 15h24’39’’ le lendemain et se classe ainsi à la 22ème place du classement semi-national. Il n’y a, alors, qu’un seul pigeon parmi les points extrêmes de la course - supérieurs à 900 km : celui du célèbre colombier Videau de 16-Champniers, qui fait ici ses débuts remarqués sur ces courses marathons.
Sa ténacité permet au ‘082/14’ de finir ce classement avec seulement 21 points, soit une avance de 12 points face à son plus proche concurrent pour le titre d’As ‘Assen-Osnabrück’. Le niveau est, il faut bien le constater assez relevé, et figurer ici relève de tout sauf du coup de chance.
Ce coursier de valeur, qui ne fait maintenant guère prix en dessous des 600 km (notez bien ce détail pour la suite), a été donné à Joël par un bon amateur : Blay Soizic. Il démarre les saisons tranquillement, pour s’affirmer ensuite à la belle saison. En 2017, il réalisait 5 prix de 8 engagements et en 2018, 4 prix de 6.
Le père du ‘082’ a les origines qu’il faut pour engendrer un tel oiseau : il est issu de 2 parents nés au colombier Fruitier G&C (F), dont Joël a déjà du sang à la maison ; on retrouve dans l’arbre généalogique paternel les Marc Rossens (B) et Léo Kurvers (NL), André Bouckaert (B), etc... Il ne s’agit pas de pigeons de toits…
La mère vient de chez feu Bernard Blaizot, amateur réputé. Elle est, elle aussi, issue de lignée célèbre, mais pas d’un grand nom de la famille marathon : Piet Van de Merwe (NL). Notez qu’il s’agit là des anciennes origines de Piet Van de Merwe, de celles qui l’ont vu dominer le grand demi-fond Hollandais, avant qu’il ne suive son gendre Hugo Batenburg vers les marathons. C’est maintenant le moment propice pour remonter un peu plus haut dans le texte et vérifier les distances de Joël sur ces deux courses et les vitesses réalisées cette année…
Vrais pigeons Marathons
Chez Joël, tant sur Osnabrück que sur Assen, on peut parler de toutes longues distances, avec respectivement 978 et 926 km. Pourtant, comme vous avez pu constater de quelle origine était la mère de ce pigeon venu les deux fois ‘tôt’ sur ces deux courses très sélectives cette année : une lignée de supers pigeons allant de la vitesse au grand demi-fond.
Ceci nous pose un peu la question de ce qu’est vraiment le pigeon marathon. Voici peu, j’ai acquis la conviction qu’il fallait une pointe de vitesse à ces pigeons marathoniens (je joue surtout à +/- 820 km). Les copains étaient finalement assez d’accord avec moi, avec le bémol que ceci ne pouvait bien être valable qu’aux alentours des 800 km, au-dessus, notamment quand la barre fatidique des 1000 km était proche, il fallait plutôt du genre ‘4X4, voire ‘tracteur’. J’étais finalement assez en adéquation avec ce raisonnement.

Qu’en est-il vraiment ? Je veux dire, dans la réalité, est-ce vraiment la vérité ? L’an passé, l’As ‘Assen-Osnabrück’ de Pascal Bésineaud était pour 50 % lui aussi issu de tels pigeons (lignée ‘Wonderboy’ Eijerkamp) ; Pascal lui aussi joue au-dessus de 90 0km sur nos courses marathons. Que penser de ceci ?
Il est plus valorisant de mentionner, dans ses installations des origines de spécialistes de la toute longue distance, il est vrai. Quand on visite une colonie marathon, si l’amateur vous passe un pigeon en vous disant ‘c’est un Janssen’, vous allez le regarder un coup pour lui demander ce qu’il bricole à vous passer cette bête, vous quand même venu palper du marathonien ! Sauf que, sauf que l’on se rend compte que ce n’est peut-être pas si tranché que cela. Loin du commerce de bêtes à plumes, la vérité peut-être toute autre.
Ces quelques lignes ont pour but, non pas de convertir des bien meilleurs que moi en cette discipline, mais d’éveiller l’attention de récents ou futurs adeptes sur cette réalité, de leur éviter de faire l’erreur que j’ai faite récemment. Avant d’éliminer des voiliers adaptés chez nous aux courses fédérales, peut-être serait-il bon de tester ces sujets à la distance. Tous ne passeront pas la marche, mais, à n’en pas douter vous aurez quelques bonnes surprises. De même, ne vaut-il pas mieux croiser ces lignées adaptées à votre méthode, vos installations, sur des introductions plus ‘spécialisées’ pour avoir une base déjà adaptée chez vous?
Ça fait moins classe de présenter sa colonie avec du sang de pigeons plus ‘courts’ qu’avec du 100 % Jellema par exemple. Au final, ce qui est la classe, c’est de se faire plaisir avec des voiliers qui accrochent le manche et sont là tôt, vous procurent des sensations fortes. Le papier dans ce cas, on s’en moque quand même pas mal, le tout est d’avoir des pigeons qui viennent, quelles qu’en soient les couleurs et les origines. Un pourcentage de sang de pigeons plus ardents est peut-être une solution possible, cohérente, pour garder la ténacité, la volonté de rentrer à la maison et venir ainsi en tête de classement, y compris au-dessus des 900 km.
Des amateurs comme Joël, l’ont bien compris ; il ne va pas se complexer pour un nom marqué sur un bout de papier, il va mettre le pigeon au panier et regarder les classements en fin de saison. Ça c’est la réalité, loin de la recherche de prestige sur fonds de commerce. La capacité d’un voilier à voler des marathons, à répéter des exploits sur de très longues distances se voit sur les feuilles de classements, pas dans vos mains si expertes soient-elles, ni sur un bout de papier, si sublime soit-il. Elle n’est pas non plus proportionnelle au prix que vous avez payé les parents…
Préparation
Comme les autres voiliers de Joël, le 082/14 a été joué au veuvage. Il n’avait, pas plus que ses copains de colombier, goûté aux courses en pigeonneaux. Yearling, il avait été joué jusque 3-400 km comme célibataire. A 2 ans il avait fait ses débuts au veuvage et avait été maintenu sur des courses jusque 700-750 km.
Cette saison, il a débuté le 15 avril sur Tours (214 km), le 6 mai suivait un Blois (264 km) suivi le 20 mai par un La Ferté saint Aubin (311 km). Le 9 juin, il participait à un sélectif Lunéville (611 km). Comme il bénéficiait de plusieurs semaines de repos avant d’être engagé sur Osnabrück (978 km), il a été entrainé à 70 km une semaine avant ce premier marathon de la saison pour lui. Un tel lâcher d’entrainement a été réitéré une semaine également avant Assen, pour le garder ‘sur l’aile’. Comme à son habitude, Joël n’a montré la femelle que lors du dernier enlogement de la saison, sur Assen donc. Avant, les femelles n’ont été montrées qu’au retour.
Pour le reste des soins, notre champion, est resté fidèle à son ‘système’ : nettoyage 2 fois par jour des installations, même rythme pour le changement des bacs d’eau et pour les volées (au drapeau). Côté santé, il n’a pas fait, exceptionnellement cette année, de traitement au Baytril® en début de saison ; ensuite, rien d’autre au programme. Cependant, cette année, il a fallu faire une entorse à la règle qu’il s’était fixé et avait réussi à maintenir depuis 6 saisons : il a fait en cours de saison un traitement contre la trichomonose, car les choses n’allaient plus si bien. Est-ce dû à l’absence de traitement antibiotique en entame de saison ? Pas facile à dire quand même, le lien direct n’est pas si évident ; coïncidence ou conséquence, on ne peut savoir. Il est toujours autant adepte du thé (pour ses voiliers) et leur donne parfois de l’iode. Toujours aucune vitamine, mais des électrolytes au retour des courses.
Solide
Malgré la perte de quelques bons pigeons ces dernières années, que ce soit en courses ou pour cause de santé (comme pour le ‘81’), notre ami reste à la tête d’une colonie solide.
Cette année 2018, il rafle également chez nous (MCGC) le titre de 4ème As pigeon Assen sur 3 ans avec le 471768/2013, qui était l’an passé 1er As pigeon Assen 2 années. Après une belle frayeur pour Joël qui ne l’a vu rentrer d’Osnabrück 2018 qu’après plusieurs jours, il a pu le remettre un minimum sur pied pour revenir défendre son titre en fin de saison. S’il n’a pu le conserver complètement, malgré tout, sa classe naturelle lui a permis de rester dans la tête pour la course des as sur 4 années pour 2019 avec cette quatrième place.
Que ce soit sur le plan fédéral (2ème champion fond en 11ème région) ou en marathon, en termes de courses ou d’as pigeons, Joël Choteau ne sort pas des avant-postes. Cela ne l’empêche pas de rester humble et de privilégier l’amitié réelle au commerce. Le 082/14 est un bel exemple de ce que cette amitié dans laquelle baigne Joël a de beau à offrir à ceux qui la cultive.
Souhaitons à Joël, et à son 082/14, ce vrai beau marathonien, de continuer à jouer les avant-postes dans les prochaines saisons. Bravo !
David Chassagne, août 2018